LES SALARIÉS FRANÇAIS TRAVAILLENT-ILS MOINS QUE LES AUTRES ?

21 janvier2020

 

Les études qui mesurent la durée de travail des salariés européens ne manquent pas et elles concluent régulièrement que les Français travaillent moins que leurs voisins. Première question à se poser : ces études comparent-t-elles réellement ce qui est comparable ? Deuxième question : si le phénomène est avéré, est-ce grave ?

 

 

 

Durée du travail : les Français bons derniers selon Coe-Rexecode…

28ème sur… 28. Selon une étude menée par le cabinet de recherches économiques Coe-Rexecode en 2016 (basée sur des chiffres de 2015), les Français travaillent en moyenne 1646 heures par an. C’est 130 heures de moins que les Italiens, 185 de moins que les Néerlandais, 228 de moins que les Britanniques… et moins que tous les autres. Toutefois, l’étude se concentre sur les salariés à temps plein et se prive ainsi des 21% des salariés à temps partiel dans la zone Euro (15% en France, selon l’étude Horoquartz-Opinionway de 2018 sur le rapport au temps de travail en fonction de l’âge).

… mais pas selon les autres cabinets d’études

D’autres études récentes semblent tordre le cou aux clichés. Selon l’OCDE, qui a pris en compte l’ensemble des salariés, la France n’est pas trop mal classée avec 1526 heures de travail annuelles en 2017. Elle fait mieux, notamment, que les Pays-Bas et l’Allemagne.

Même constat chez Eurostat qui a mené l’enquête auprès de 1,5 million de salariés européens en 2018. Dans cette étude, les Français travaillent 37,3 heures par semaine, moins que les Grecs (42 heures) mais plus que leurs voisins britanniques (36,5 heures) ou allemands (34,9 heures), et plus que la moyenne européenne qui s’établit à 37,1 heures.

Enfin, en juin 2018, le Ministère du Travail a comparé la durée hebdomadaire habituelles du travail entre 8 pays européens. Verdict ? La France arrive sur la 3ème marche du podium avec 36,3 heures hebdomadaires, derrière les salariés britanniques (36,8 heures) et espagnols (36,4 heures).

Un calcul pas si évident

En réalité, comparer précisément la durée du travail en Europe n’est pas une mince affaire. Entre les pays qui l’encadrent strictement et ceux où l’entreprise fixe librement cette durée par négociation collective, la part des salariés à temps partiel, les heures supplémentaires, les congés et jours fériés, le travail des femmes, le cumul emploi-retraite… Difficile d’avoir des statistiques précisément établies !

Au-delà de ces aspects, il n’existe pas de règle claire en matière de calcul de la durée du travail. L’OCDE par exemple retient que la durée annuelle du travail correspond au nombre total d’heures effectivement travaillées sur une année, divisé par le nombre de personne ayant un emploi. Mais chaque cabinet est libre de définir ses propres méthodes de calcul et de sélectionner certains critères plutôt que d’autres. Dans ces conditions, la France peut tout à fait arriver bonne dernière… ou en tête du classement !

Les salariés français parmi les plus productifs du Monde

Faut-il forcément travailler longtemps pour être efficace ? Même si on accepte l’idée que les Français font moins d’heures, sont-ils pour autant moins performants ?

Pas vraiment, si l’on croit le BIT (Bureau International du Travail), pour lequel la France est même le 4ème pays le plus productif au Monde, derrière la Belgique, le Luxembourg et les États-Unis. L’OCDE confirme ce résultat. La productivité horaire (i.e. la richesse créée par heure travaillée) en 2016 a été en France de 66,9 dollars/heure. Un peu moins qu’aux Etats-Unis (69,6$/h) où la durée du travail est supérieure à la France. Moins aussi qu’en Allemagne (68$/h) où la durée du travail est cette fois légèrement inférieure. C’est toutefois bien plus que l’Italie (54,3$/h), le Royaume-Uni (53,3$/h) ou la Corée du Sud (32$/h, tandis que la durée du travail excède les 2000 heures annuelles). Même son de cloche toujours chez Eurostat, qui place le niveau de productivité horaire des Français à 45,40€/h contre 39,2€/h pour les Britanniques et une moyenne de 32€/h en Europe.

En réalité, la durée du travail est loin d’être le seul critère de mesure de la productivité. Le niveau d’éducation et de formation des salariés, le développement technique, les infrastructures ou le niveau d’investissement dans la recherche influencent tout autant le résultat.

Une question de flexibilité horaire avant tout

Et qu’en pensent les salariés français, dans tout ça ? Si la bonne gestion des temps de travail contribue, pour 89% d’entre eux, à améliorer le climat social, ils sont également plus de 80% à estimer qu’il est important de choisir ses horaires de travail. Selon une étude menée par Opinionway pour Horoquartz en 2017, les salariés français considèrent également que cette souplesse horaire booste la productivité (75% des répondants) et améliore l’implication au travail (71%). Des résultats effectivement constatés dans les faits par 81% des salariés interrogés.

En résumé, les salariés français sont semble-t-il loin de l’image de tire-au-flanc qu’on leur prête, en témoigne leur niveau de productivité bien supérieur à celui de la plupart de leurs voisins européens. Au vu des transformations qui s’opèrent et des aspirations grandissantes des salariés, les DRH ont, toutefois, un rôle crucial à jouer pour maintenir ce niveau de productivité.


Marie Lasseron, Content Manager chez Horoquartz

 

Sources :

Coe-Rexecode : L’enquête 2015 sur la durée effective du travail confirme la position atypique de la France en Europe
Le Monde – la productivité des salariés européens expliquée en vidéo
DARES – Ministre du Travail : la durée individuelle du travail en France et en Europe